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«La pensée simplifiante s’est voulue supérieure à la pensée «naïve» qui s’accommode du flou, de l’incertitude, de l’ambiguïté. Elle a éliminé par principe le flou, l’incertain, l’ambigu et, bien sûr, le contradictoire. Elle s’est voulue et montrée supérieure en rigueur. Mais, au delà d’un certain seuil – incertain -, elle est devenue rigide, donc inférieure, et elle a occulté la complexité du réel que la pensée naïve, qui est, en fait, naïvement complexe, tolère sans pouvoir l’expliciter.

La pensée simplifiante élimine la contradiction parce qu’elle découpe la réalité en fragments non complexes qu’elle isole. Dès lors, la logique fonctionne parfaitement sur des propositions isolées les unes des autres, sur des propositions suffisamment abstraites pour qu’elles ne soient pas contaminées par le réel, mais qui, justement, permettent les arraisonnements particuliers sur le réel, fragment par fragment. Quelle merveilleuse adéquation «scientifique» entre la logique, le déterminisme, les objets, isolés et découpés, la technique, la manipulation, le réel, le rationnel! Dès lors, la pensée simplifiante ne connaît ni ambiguïtés, ni équivoques. Le réel est devenu une idée logique, c’est à dire idéo-logique, et c’est cette idéologie qui prétend s’approprier le concept de science.»1

1 Edgar MORIN, La Méthode. Tome 2. La vie de la vie, Collection Points Essais, Editions du Seuil, Paris, 1980, p. 90.

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