– As tu trouvé l’équilibre ?

– Ta question est étrange, je ne sais comment répondre … De quel équilibre parles tu?? Et sinon, non, je le cherche encore, je l’ai perdu un jour alors que je descendais avec insouciance les escaliers, je n’ai eu que la rampe pour m’accrocher. Depuis, je m’accroche, m’agrippe comme je peux à une matrice imaginaire. L’équilibre je ne sais plus ce que c’est, cette marche tranquille, cette insouciance enveloppante, qui permet d’avancer de front à une multitude.

Il y a des jours où j’aimerais le retrouver là où il m’a abandonné, retrouver ce grain au poids de plume qui rééquilibre tout, réorganise tout avec légèreté, tranquillité; mais je sais que ce n’est plus possible car je sens comme quelque chose d’irrémédiable.

Désormais un brin de vent me perturbe, l’écume des vagues me secoue, la foule aussi ça me bouscule trop. Le ressac : il me mettrait à terre. Il arrive aussi, qu’en proie à milles et une pensée, mon vaisseau intérieur chavire et je ne parviens plus à redresser la barre, il faut tellement d’efforts, de forces et de puissance. C’est au delà de ce  que je peux, car il y aussi cette phrase : même si on veut, parfois il faut se rendre à l’évidence, on ne peut pas. Je décide de laisser couler : je lâche prise. Et quand je m’éternise je sens le regret qui me gagne, de perdre mes secondes existentielles, en capitulation. Je m’éparpille, perds mes cardinaux. Le remords me guette, et rampe à moi. Et je sens les échos d’un cri retentir en moi pour me dire  » relèves toi, repars vers ton équilibre ». Alors je me relève, respire, rassemblant le peu qu’il me reste comme un automate désarticulé sur un chemin de traverse, pose un pas après l’autre, un poids après l’autre, une pensée après l’autre. C’est devenu un rituel, je cherche encore et dans ce cheminement fait de forces, de faiblesses, de désordres et de relèves, je découvre ce qui est hors du commun, invisible.

En fait, mon équilibre n’est pas parfait, des fois je le perds de façon inexpliqué, il est quelque part très précaire, c’est tout, et moi, je fais avec, je compose avec lui. Oui, c’est ça je fais avec, et quelque part je suis mieux ainsi. Mais au fond nous sommes tous des équilibres précaires …

Mais au fait, j’ai longuement parlé, de quel équilibre parlais tu  ?

 

2 septembre 2016.

Des-ordres et des (re)leves – toi.

 

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Le rassurant de l’équilibre, c’est que rien ne bouge. Le vrai de l’équilibre, c’est qu’il suffit d’un souffle pour tout faire bouger.

– Julien Gracq

Photo : http://zoher.tahora.over-blog.com/2016/08/il-suffit-d-un-souffle.html.

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