« Il écrivait avec une lente sécurité de droite à gauche : son application à former des syllogismes et à
enchaîner de vastes paragraphes ne l’empêchait pas de sentir comme un bien-être la fraîche et
profonde maison qui l’entourait. Au fond de ce repos ,s’enrouaient d’amoureuses colombes ; de
quelque patio invisible, montait le bruit d’une fontaine; quelque chose dans la chair d’Averroès, dont
les ancêtres venaient des déserts arabes, était reconnaissant à cette continuité de l’eau. En bas, se
trouvaient les jardins, le potager ; en bas ,le Guadalquivir absorbé par sa tâche ; plus loin, Cordoue,
la ville chère à son cœur, aussi lumineuse que Bagdad et le Caire ,comme un instrument complexe et
délicat, et, alentour (Averroès le percevait aussi), s’élargissait jusqu’à l’horizon la terre d’Espagne, où
il y a peu de choses, mais où chaque chose paraît exister selon un mode substantif et éternel. »
L’Aleph, Jorge Luis BORGES, 1967.