“Quand l’heure n’est pas au souvenir, il suffit de tourner les yeux vers l’extérieur.Dans la plus aride des steppes, les contemplateurs trouveront toujours à s’émerveiller.Leur oeil naturaliste décèlera la plus microscopique trace de vie.Leur âme sera capable de transcender les misérables choses.

Léonard de Vinci imaginait la montagne en regardant un caillou.
Thoreau entendait Dieu dans le chant du grillon.
Van Gogh voyait dans la campagne les lignes de force du paysage.
Fulcanelli savait quele nombre d’or régissait la disposition des pétales autour du pistil autant que la course des sphères.
Hugo refusait que le parfum des aubépines fût indifférent aux constellations.

Le propre des voyants est de ne jamais se satisfaire de ce dont leurs yeux se contentent. Ils traquent l’universel en fouillant l’anecdotique.

C’est le principe de la métonymie appliqué à l’observation. Un voyageur doit être capable de glisser du brin d’herbe au cosmos et d’imaginer des planisphères dans les nuages qui passent au dessus de sa tête. Si un grain de sable suffit à lui contenter l’esprit, son bonheur sera immense d’être jeté dans l’erg !”

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Sylvain Tesson, Petit traité sur l’immensité du monde.