VAGUES. de Réda Benkirane.

 

Une façon peut-être de franchir les turbulences d’une eau profonde consiste non pas à passer outre mais à plonger en plein dedans, tête baissée. A un moment donné, l’instinct dira qu’il faudra dévier le cours de la descente sous-marine. Un peu de courage et beaucoup d’humilité peuvent, avec de la chance, laisser la vie sauve.
Cela requiert le sens de l’observation et du silence. Taire sa palabre monotone, calmer sa respiration si l’on veut chercher à exister comme sous-marin, à la façon d’une courte et douce dissidence : voici déjà de la résistance. Pour ce faire, il faut apprendre à retenir son souffle.
Après initiation il faudra être capable de le retenir, parfois des semaines durant, dans les pires conditions, au cas où l’on serait pris dans une marée humaine. Le plongeur en apnée a une longueur d’avance dans cet exercice. Rappelez-vous le fils de la mer que vous étiez, lorsqu’il fallait descendre jusqu’à dix mètres de profondeur. Là, blotti dans la fente d’un rocher, caressant d’une palme la tête de murène, une ceinture de coquillages autour de la taille, le souffle suspendu une centaine de secondes, le regard pointait au zénith.
Réda BENKIRANE.

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