Image

Ciel. S. TESSON

17553870_1173645629412802_152398963862937397_n

Publicités

La Création, Camus.

« La création […] est le bouleversant témoignage de la seule dignité de l’homme: la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile.
Elle demande un effort quotidien, la maîtrise de soi, l’appréciation exacte des limites du vrai, la mesure et la force. Elle constitue une ascèse.
Tout cela “pour rien”, pour répéter et piétiner.
Mais peut-être la grande oeuvre d’art a moins d’importance en elle-même que dans l’épreuve qu’elle exige d’un homme et l’occasion qu’elle lui fournit de surmonter ses fantômes et d’approcher d’un peu plus près sa réalité nue »
Albert Camus , in “Le Mythe de Sisyphe” Gallimard

29066799_1506376289473066_7968382259270387239_n

 

Il suffit d’avancer pour vivre
D’aller droit devant soi
Vers tout ce que l’on aime

Devant soi la route est légère
Et s’ouvre sur tous les rivages
Derrière il n’y a que des chaînes

La caresse est comme une rose
Qui renforce la nacre d’un midi très chaud
Présence à tout jamais

Rien ne se fait amour qui ne soit d’avenir ..
Paul Eluard

Photo : Lac – Sologne.

On vit, on parle. Victor Hugo.

On vit, on parle,

On vit, on parle, on a le ciel et les nuages
Sur la tête ; on se plaît aux livres des vieux sages ;
On lit Virgile et Dante ; on va joyeusement
En voiture publique à quelque endroit charmant,
En riant aux éclats de l’auberge et du gîte ;
Le regard d’une femme en passant vous agite ;
On aime, on est aimé, bonheur qui manque aux rois !
On écoute le chant des oiseaux dans les bois
Le matin, on s’éveille, et toute une famille
Vous embrasse, une mère, une soeur, une fille !
On déjeune en lisant son journal.
Tout le jour
On mêle à sa pensée espoir, travail, amour ;
La vie arrive avec ses passions troublées ;
On jette sa parole aux sombres assemblées ;
Devant le but qu’on veut et le sort qui vous prend,
On se sent faible et fort, on est petit et grand ;
On est flot dans la foule, âme dans la tempête ;
Tout vient et passe ; on est en deuil, on est en fête ;
On arrive, on recule, on lutte avec effort… —
Puis, le vaste et profond silence de la mort !

Victor Hugo

« on s’en va … pour de bon »

C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l’envie de tout planter là.
Songez les régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu’on y croise, aux idées qui vous y attendent…
Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons.
Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sais comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon.

Nicolas Bouvier – L’usage du monde.

Intuition.

L’intuition est à la raison ce que la conscience est à la vertu : le guide voilé, l’éclaireur souterrain, l’avertisseur inconnu, mais renseigné, la vigie sur la cime sombre. Là où le raisonnement s’arrête, l’intuition continue. L’escarpement des conjectures ne l’intimide pas. Elle a de la certitude en elle comme l’oiseau. L’intuition ouvre ses ailes et s’envole et plane majestueusement au-dessus de ce précipice, le possible. Elle est à l’aise dans l’insondable ; elle y va et vient ; elle s’y dilate ; elle y vit. Son appareil respiratoire est propre à l’infini. Par moments, elle s’abat sur quelque grand sommet, s’arrête et contemple. Elle voit le dedans.

Le raisonnement vulgaire rampe sur les surfaces ; l’intuition explore et scrute le dessous.

L’intuition, comme la conscience, est faite de clarté directe ; elle vient de plus loin que l’homme ; elle va au delà de l’homme ; elle est dans l’homme et dans le mystère ; ce qu’elle a d’indéfini finit toujours par arriver. Le prolongement de l’intuition, c’est Dieu. Et c’est parce qu’elle est surhumaine qu’il faut la croire ; c’est parce qu’elle est mystérieuse qu’il faut l’écouter ; c’est parce qu’elle semble obscure qu’elle est lumineuse.

Victor Hugo

Existence et sens.

En voyant la Création, et son renouvellement, en ce monde : on ne peut que s’émerveiller de l’admirabilité de l’être Humain et de sa force « impondérable' ».

Nous apprenons très tôt l’existence de nos Sens : nous en servons au quotidien, nous nous fions à eux : pour regarder le monde, nous nous fions à eux dans l’appréciation des gouts, des sons et des couleurs.

Dès le matin, les yeux s’ouvrent, les pieds touchent le sol, les petits bruits parviennent à nos oreilles, des odeurs flottent dans les airs …. et soudain des mots prononcés et des voix…

Et, au délà des sens, de la vue, du toucher, de tous ce que l’individu re-sens… Il existe bien d’autres merveilles aussi sacrées, aussi précieuses qui nous permettent de vivre et de sur-vivre dans notre intériorité : le coeur, la raison, la conscience.

Cette alchimie créatrice est là, en nous.

Car que devenons nous, sinon sans Elle? …

Moments

Il y a des moments où il faut se précipiter à la poursuite de l’espérance. L’air dans lequel on vivait, on le sent soudain qui se solidifie autour de vous comme du ciment.
Ce qui vivait autour de vous n’est plus qu’une peinture sur la pierre qui vous emmaillote .
C’est alors qu’il faut s’arracher et non pas fuir, mais poursuivre.
C’est l’effort le plus barbare du monde mais le plus beau.
Faire le premier pas.
Et puis les autres pas !


— Jean Giono